Chaque vendredi, je retrouve mes amis pour l’apéro. Un ancien juge, un notaire retraité, un huissier à la retraite. On refait le monde du droit entre deux olives. Nos femmes appellent ça ‘le tribunal du pastis’. Elles n’ont pas tort. Ces apéritifs sont devenus sacrés. Quoi qu’il arrive, quelles que soient les obligations, nous nous retrouvons le vendredi à 18h précises. Le rituel est immuable : pastis pour les uns, whisky pour les autres, et des heures de conversation. Nous parlons de nos carrières passées, des affaires mémorables, des collègues disparus. Nous refaisons les procès, contestons les verdicts, imaginons des plaidoiries alternatives. C’est une thérapie collective, une façon de rester connectés à notre ancien monde. Nos femmes sourient de nous voir ainsi, quatre vieux messieurs qui jouent encore aux avocats. Elles ne comprennent pas que ce jeu, c’est notre façon de rester vivants.